Compte rendu de la rencontre de témoignages au Lycée Hélène Boucher le 23 janvier 2026.

Comme chaque année, l’Association de Défense  des Valeurs de la Résistance a organisé, au Lycée Hélène Boucher à Paris dans le 20e, une rencontre entre élèves et témoins sur le thème de la Seconde guerre mondiale.

Cette année, cette rencontre a  rassemblé, face aux élèves, une vingtaine de témoins. Si nous avions l’an passé encore un résistant, Jacques Klajnberg qui est malheureusement décédé quelques semaines après sa venue au lycée, cette année il n’y avait plus aucun témoin direct de la Résistance et de la Déportation. Depuis plusieurs années, face a la disparition des résistants et des déportés, la question s’est posée de savoir s’il fallait arrêter ces rencontres auprès des jeunes, commencées en 1996, ou les continuer sous une autre forme. Nous avons progressivement donné davantage la parole aux enfants cachés qui sont encore des témoins directs et, sur la Résistance et la Déportation, nous avons décidé de travailler avec les témoignages des enfants de résistants et  les enfants de déportés qui ont aussi un message important à faire passer. S’ils ne sont pas des témoins directs, ils restent des « passeurs de mémoire », selon l’expression chère à Robert Chambeiron.  En effet, la plupart d’entre eux ont écrit sur leurs parents, ont fait des recherches historiques, militent dans des associations de la Mémoire ou même en sont les responsables. L’intérêt des jeunes à les écouter ne se dément pas et donc il nous faut continuer notre travail car, comme le disait Elie Wiesel, « la barbarie tue  toujours deux fois  et la deuxième fois c’est par l’oubli ».

Au moment où un peu partout l’extrême droite  progresse ou même  s’installe au pouvoir, il est plus nécessaire

que jamais de mener à bien ce travail.

Ni l’âge, ni la distance n’ont empêché  les témoins de venir. Certains ont plus de 90 ans, d’autres sont venus du sud de la France et même d’Allemagne tellement pour eux il est important de montrer aux jeunes ce que peut être le fascisme, le nazisme, l’extrême droite.

Rachel Jédinak, enfant cachée, présidente du Comité Tlemcen qui oeuvre pour la Mémoire des enfants déportés et assassinés à Auschwitz

Françoise Rossi, secrétaire générale adjointe de l’ADVR, dont la mère, Pierrette, a été déportée à Ravensbrück

Pierre Krasucki, membre du Conseil d’administration de l’ADVR, dont le père, Henri, responsable des jeunes de la MOI à Paris, a été déporté à Auschwitz

Sylvia Gingold, venue d’Allemagne pour évoquer la figure de son père, Peter,, Allemand résistant en France

Compte rendu conférence Marie-Jo Bonnet

Conérence de Marie-Jo Bonnet, mairie du 20e, 15 janvier 2026

Marie-Jo bonnet est historienne, docteur en histoire, commissaire de l’exposition « Lutétia, le
retour des déportés », auteur d’une quinzaine de livres dont plusieurs sur la Résistance, en
particulier « Tortionnaires, truands et collabos, la bande de la rue de la Pompe, 1944 », qu’elle
nous a présenté en 2013 et son avant-dernier ouvrage « Plus forte que la mort, survivre grâce à l’amitié dans les camps de concentration ».
Dans son travail, Marie-Jo Bonnet s’appuie sur les témoignages de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Odette Abadi, Simone Veil, Margarete Buber-Neumann, Odette Fabius notamment. Toutes ces femmes ont souligné combien l’amitié, la tendresse, voire l’amour et parfois l’homosexualité, car la frontière entre l’amitié et l’amour est difficile à délimiter, ont été importants pour assurer la survie d’un certain nombre d’entre elles.
L’amitié a pu transcender les origines sociales et créer des liens qui ne se sont jamais démentis jusqu’à leur mort. Cela a d’ailleurs été confirmé par deux femmes déportées à Ravensbrück, Rosette Onesti et Pierrette Rossi présentes dans la sallle. Si la solidarité politique a souvent été présentée et étudiée, cet aspect-là de l’amitié qui permet de sauvegarder la dignité humaine, n’avait pas été encore évoqué. Nous saluons le courage de Marie-Jo Bonnet qui a su s’engager dans ce travail difficile et délicat. Lors de la conférence qu’elle nous a donnée, elle a su faire comprendre la différence, ou tout au moins une des différences, entre la déportation des hommes et celle des femmes. Les hommes ont parfois été sauvés par un mot, un encouragement fraternel mais toujours empreint d’une certaine virilité. Les femmes, elles, peut-être parce qu’elles ont été mères ou qu’elles le seront n’hésitent pas, outre les mots d’encouragement, à délivrer une caresse, un baiser, à permettre à leur compagne de malheur de pleurer dans leurs bras et à les encourager d’un contact physique qui leur fait sentir leur humanité à travers leur corps. J’entends Marie-Jo Bonnet évoquer le cas de cette déportée épuisé, trempée, désespérée, qu’une de ses camarades vient voir. Elle lui dénoue son foulard, la serre contre sa poitrine et la laisse pleurer ainsi. Ce contact, cette chaleur humaine permettront à la malheureuse de retrouver l’envie de vivre qu’elle avait abandonnée. Militante féministe,Marie-Jo Bonnet nous montre également le lien qui n’est pas un simple hasard entre cette solidarité par l’amitié, cette sororité qui s’est développée dans l’horreur des camps et la volonté d’émancipation des femmes au cours des années 70 en évoquant le « Chant des marais ». Les féministes du MLF ont en effet choisi la musique de ce chant symbole de la déportation, en modifiant les paroles, comme hymne de leur combat. Il était émouvant de l’entendre chanter ces paroles reprises par une partie de la salle.

compte rendu Nous rentrerons ensemble, film de Stéphanie Trouillard

Jeudi 11 décembre à la Mairie du 20e, Stéphanie Trouillard est venue présenter son dernier Web documentaire pour l’ADVR. Stéphanie est une fidèle de notre association, elle est déjà venue présenter en décembre 2021 son premier livre: Mon oncle de l’ombre et nous l’avons retrouvée en octobre 2023 pour la présentation de son second livre : Le village du silence. Entre-temps elle a participé régulièrement aux rencontres de témoignages avec les élèves, que l’ADVR organise chaque année, au Lycée Hélène Boucher.
C’est donc avec plaisir et intérêt que nous l’avons accueillie ce jeudi 11 décembre.
Stéphanie Trouillard mène un important travail pour la mémoire de la Résistance et de la Déportation qui l’a amenée également à publier deux bandes dessinées : Le sourire d’Auschwitz et Si je reviens un jour, lettres retrouvées de Louise Pikovsky » qui redonnent vie à deux jeunes inconnues assassinées à Auschwitz.
Dans son film Nous rentrerons ensemble, elle évoque l’importance de l’amitié qui lie deux femmes déportées à Ravensbrück et qui leur permet de se soutenir mutuellement jusqu’au bout de leurs forces. Malheureusement leur promesse ne se réalisera pas puisque une seule survivra aux marches de la mort qui suivent l’évacuation du camp.
C’est un film conçu de façon très pédagogique qui mérite d’être largement utilisé par les enseignants et qui se distingue par deux caractères originaux. D’abord il relate l’itinéraire de deux femmes, ensuite il évoque une solidarité liée à la simple amitié, beaucoup moins souvent évoquée que la solidarité militante.
La séance s’est terminée par un débat riche et particulièrement intéressant.

Compte rendu des Cahiers d’Alter

L’ADVR( Association de Défense des Valeurs de la Résistance), en partenariat avec l’ACER (Amis des combattants en Espagne républicaine) et MRJ-MOI (mémoire de la résistance juive–main-d’œuvre immigrée) a organisé,  jeudi 20 novembre à la mairie du 20e, la présentation des Cahiers  d’Alter par Roger Fajnzylberg, fils d’Alter Fajnzylberg.

Alter Fajnzylberg, après avoir connu les prisons polonaises, exilé en France, s’est engagé dans les Brigades internationales pour combattre le fascisme. A la fin de la guerre d’Espagne il a connu les camps  d’Argelès, Gurs et Saint-Cyprien, où étaient rassemblés les « apatrides » avant de s’engager dans la Résistance en France. Arrêté en1941, il connaît à nouveau l’internement à Drancy puis à Compiègne avant d’être déporté à  Auschwitz avec le premier convoi parti de  France en mars 1942. A Auschwitz il est affecté au sonderkommando pendant 18 mois, tout en étant membre actif de la résistance intérieure du camp. Son extraordinaire survie s’explique par sa volonté intangible de pouvoir un jour témoigner de ce qu’il a vu et vécu  dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

A son retour Alter rédige plusieurs cahiers relatant l’horreur du camp. Il témoigne également devant les   commissions d’enquête polonaise  et française mais, prenant conscience que son témoignage reste largement inutilisé (incompris?) il  choisit le silence y compris avec son fils… peut-être pour  le protéger. Celui-ci a mis longtemps avant de se décider  à ouvrir la boîte à chaussures qui contenait les cahiers mais aujourd’hui, après avoir fait traduire les cahiers écrits en polonais, après avoir beaucoup travaillé pour remettre le témoignage dans son contexte, Roger Fajnzylberg ravive la volonté de son père et multiplie les interventions pour montrer ce qu’a été l’horreur de la politique  d’extermination nazie.

La très belle conférence de Roger Fajnzylberg a été illustrée par la lecture d’une page des Cahiers en polonais, façon pour nous de rendre hommage à Alter qui avait écrit ses Cahiers en polonais, et par la lecture de passages de ce témoignage par la Compagnie de l’Arbre sec.

Une séance particulièrement riche, émouvante et instructive pour beaucoup que l’ADVR est heureuse d’avoir pu organiser pour donner la parole à Alter.

La séance a été filmée et sera prochainement visible sur notre site : advr.fr

Présentation des Cahiers d’Alter Fajnzylberg

par son fils Roger.

Jeudi 20 novembre, présentation des Cahiers d’Alter , ce que j’ai vu  à Auschwitz. Alter Fajnzylberg, ancien brigadiste  en Espagne républicaine, résistant, déporté à Auschwitz,  affecté aux sonderkommandos de ce camp  a laissé  un témoignage unique qui sera présenté par son fils Roger Fajnzylberg. Lecture d’extraits du texte d’Alter par la Compagnie de l’Arbre sec. Séance organisée en partenariat avec l’ACER (Amis des combattants en Espagne républicaine) et l’MRJ-MOI (Mémoire des résistants juifs–main-d’œuvre immigrée).

Compte rendu de La séance ADVR consacrée aux Camp du Struthof

Jeudi 9 octobre l’Advr a présenté le film de Pascal Crépin : La voix du rêve. Ce film est un témoignage sur ce qui a été le camp de Natzwiller–Struthof, seul camp de concentration nazi installé sur le territoire français . Il faut cependant signaler que l’Alsace était alors annexée au Troisième Reich . Dans ce camp et ses annexes ont été internés plus de 52 000 personnes dont 3500 femmes. Les déportés internés au Struthof étaient des déportés NN  (nacht und nebel) c’est-à-dire nuit et brouillard. Ces déportés étaient destinés à disparaître sans laisser de trace. Plus de 20 000 personnes ont été assassinées dans ce camp par la faim, le froid, la maladie, les mauvais traitements, les « expériences » médicales.

Notre ami Jean Villeret ainsi que quatre autres survivants de camp témoignent dans ce film particulièrement émouvant et qui permet de découvrir un  camp  trop peu connu.

La discussion a été animée par Julien Le Gros, ancien rédacteur en chef du Patriote résistant,  mensuel de la FNDIRP ( Fédération nationale des Internés, résistants et patriotes) dont  Jean Villeret était le président. Cette discussion  a permis notamment une réflexion sur les raisons de cette méconnaissance de l’existence d’un camp nazi en France.

vue de la salle et une photo des ouvrages présentés par Julien Le Gros