compte rendu Nous rentrerons ensemble, film de Stéphanie Trouillard

Jeudi 11 décembre à la Mairie du 20e, Stéphanie Trouillard est venue présenter son dernier Web documentaire pour l’ADVR. Stéphanie est une fidèle de notre association, elle est déjà venue présenter en décembre 2021 son premier livre: Mon oncle de l’ombre et nous l’avons retrouvée en octobre 2023 pour la présentation de son second livre : Le village du silence. Entre-temps elle a participé régulièrement aux rencontres de témoignages avec les élèves, que l’ADVR organise chaque année, au Lycée Hélène Boucher.
C’est donc avec plaisir et intérêt que nous l’avons accueillie ce jeudi 11 décembre.
Stéphanie Trouillard mène un important travail pour la mémoire de la Résistance et de la Déportation qui l’a amenée également à publier deux bandes dessinées : Le sourire d’Auschwitz et Si je reviens un jour, lettres retrouvées de Louise Pikovsky » qui redonnent vie à deux jeunes inconnues assassinées à Auschwitz.
Dans son film Nous rentrerons ensemble, elle évoque l’importance de l’amitié qui lie deux femmes déportées à Ravensbrück et qui leur permet de se soutenir mutuellement jusqu’au bout de leurs forces. Malheureusement leur promesse ne se réalisera pas puisque une seule survivra aux marches de la mort qui suivent l’évacuation du camp.
C’est un film conçu de façon très pédagogique qui mérite d’être largement utilisé par les enseignants et qui se distingue par deux caractères originaux. D’abord il relate l’itinéraire de deux femmes, ensuite il évoque une solidarité liée à la simple amitié, beaucoup moins souvent évoquée que la solidarité militante.
La séance s’est terminée par un débat riche et particulièrement intéressant.

Compte rendu des Cahiers d’Alter

L’ADVR( Association de Défense des Valeurs de la Résistance), en partenariat avec l’ACER (Amis des combattants en Espagne républicaine) et MRJ-MOI (mémoire de la résistance juive–main-d’œuvre immigrée) a organisé,  jeudi 20 novembre à la mairie du 20e, la présentation des Cahiers  d’Alter par Roger Fajnzylberg, fils d’Alter Fajnzylberg.

Alter Fajnzylberg, après avoir connu les prisons polonaises, exilé en France, s’est engagé dans les Brigades internationales pour combattre le fascisme. A la fin de la guerre d’Espagne il a connu les camps  d’Argelès, Gurs et Saint-Cyprien, où étaient rassemblés les « apatrides » avant de s’engager dans la Résistance en France. Arrêté en1941, il connaît à nouveau l’internement à Drancy puis à Compiègne avant d’être déporté à  Auschwitz avec le premier convoi parti de  France en mars 1942. A Auschwitz il est affecté au sonderkommando pendant 18 mois, tout en étant membre actif de la résistance intérieure du camp. Son extraordinaire survie s’explique par sa volonté intangible de pouvoir un jour témoigner de ce qu’il a vu et vécu  dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

A son retour Alter rédige plusieurs cahiers relatant l’horreur du camp. Il témoigne également devant les   commissions d’enquête polonaise  et française mais, prenant conscience que son témoignage reste largement inutilisé (incompris?) il  choisit le silence y compris avec son fils… peut-être pour  le protéger. Celui-ci a mis longtemps avant de se décider  à ouvrir la boîte à chaussures qui contenait les cahiers mais aujourd’hui, après avoir fait traduire les cahiers écrits en polonais, après avoir beaucoup travaillé pour remettre le témoignage dans son contexte, Roger Fajnzylberg ravive la volonté de son père et multiplie les interventions pour montrer ce qu’a été l’horreur de la politique  d’extermination nazie.

La très belle conférence de Roger Fajnzylberg a été illustrée par la lecture d’une page des Cahiers en polonais, façon pour nous de rendre hommage à Alter qui avait écrit ses Cahiers en polonais, et par la lecture de passages de ce témoignage par la Compagnie de l’Arbre sec.

Une séance particulièrement riche, émouvante et instructive pour beaucoup que l’ADVR est heureuse d’avoir pu organiser pour donner la parole à Alter.

La séance a été filmée et sera prochainement visible sur notre site : advr.fr

Compte rendu de La séance ADVR consacrée aux Camp du Struthof

Jeudi 9 octobre l’Advr a présenté le film de Pascal Crépin : La voix du rêve. Ce film est un témoignage sur ce qui a été le camp de Natzwiller–Struthof, seul camp de concentration nazi installé sur le territoire français . Il faut cependant signaler que l’Alsace était alors annexée au Troisième Reich . Dans ce camp et ses annexes ont été internés plus de 52 000 personnes dont 3500 femmes. Les déportés internés au Struthof étaient des déportés NN  (nacht und nebel) c’est-à-dire nuit et brouillard. Ces déportés étaient destinés à disparaître sans laisser de trace. Plus de 20 000 personnes ont été assassinées dans ce camp par la faim, le froid, la maladie, les mauvais traitements, les « expériences » médicales.

Notre ami Jean Villeret ainsi que quatre autres survivants de camp témoignent dans ce film particulièrement émouvant et qui permet de découvrir un  camp  trop peu connu.

La discussion a été animée par Julien Le Gros, ancien rédacteur en chef du Patriote résistant,  mensuel de la FNDIRP ( Fédération nationale des Internés, résistants et patriotes) dont  Jean Villeret était le président. Cette discussion  a permis notamment une réflexion sur les raisons de cette méconnaissance de l’existence d’un camp nazi en France.

vue de la salle et une photo des ouvrages présentés par Julien Le Gros

Journée nationale de la Résistance

Cette année, la Journée Nationale de la Résistance s’est déroulée en deux étapes.

Lundi 26 mai le village des associations a été installé esplanade Nathalie Sarraute dans le 18e arrondissement. Comme chaque année l’ADVR avait un stand qui a été tenu par Geneviève Guyot, Josette Borzakian, Migiuel Vallecilo et moi-même. Des spectacles se sont succédés tout au long de l’après-midi.

Le 27 mai nous étions également présents  au 48 rue du Four   devant l’immeuble où  il y a 82 ans, dans Paris occupé, à quelques pas du Lutétia où les Allemands étaient installés, a été créé le Conseil  National de la Résistance sous la présidence de Jean Moulin. Le CNR s’est donné deux objectifs, le premier était d’organiser la libération du pays et le second de prévoir la reconstruction et la mise en place d’une France plus juste, grâce a un programme  politique, économique et social fondé sur de profondes et véritables réformes comme la France n’en avait jamais connu. 

Comme  l’a dit Guy Hervy, secrétaire général du Comité parisien de la libération (CPL) qui organise chaque année la JNR, comment aurait-on  pu alors penser que ces réformes seraient, avec une telle constance, attaquées depuis déjà de nombreuses années.

Être digne de l’œuvre finale du Conseil National de la Résistance nous impose de défendre sans relâche la France qu’il a voulu créer.


Il y a 80 ans, en mai 1945 se concrétisait tout le combat mené pour la libération de notre
pays par l’unification difficilement réalisée de la Résistance française portée dès le 27
mai 1943 par ceux qui se sont réunis ici, autour de Jean Moulin.
Depuis ce lieu, ils se sont fixés comme but d’organiser la Résistance pour libérer le pays
châtier les traîtres et reconstruire une république débarrassée à tout jamais du
fascisme, du nazisme de l’idéologie criminelle génocidaire qui les accompagnait. Faire
que le monde soit un monde de paix débarrassé à jamais de la guerre.
Qui aurait pu penser, 80 ans plus tard, en mai 2025, qu’à quelques centaines de mètres
d’ici, autorisé par un arrêt d’une cour de justice, des gens se revendiquant officiellement
de la pensée nazie, de ses pratiques, de son racisme, de son antisémitisme, de son refus
de la différence, de sa haine de tout ce qui est progressiste, auraient le droit de défiler
alors que le tribunal international de Nuremberg, les lois de la République, ont mis au
banc de la société qui interdisent et condamnent l’idéologie et les pratiques de ces
groupes, ordonnent de les interdire ?
Qui aurait pu penser que le président de la République puisse annoncer la mise en place
d’une économie de guerre avec ce que cela signifie comme présage de restrictions des
droits sociaux, des libertés.
Qui aurait pu penser que sur les rives de la Méditerranée, à Gaza des actes que le droit
internationale et l’ONU qualifie de génocidaire puisse se produire sans réaction forte de
la communauté internationale qui fête cette année la mise en place des nations unies.
Ces questions, il faut se les poser et regarder comment on peut faire face à la montée
des périls, comment rassembler pour s’opposer à cette résistible ascension de
l’extrême droite dans notre pays.
Pour cela, certes, il faut actualiser les choses, ne pas recopier, mais nous disposons des
éléments qui ont commencé à se construire au premier étage de cet immeuble le 27
mai 1943 avec un conseil de la Résistance qui se projetait dans l’histoire comme la
représentation exclusive et unique de toute la Résistance intérieure française unifiée,
donnant pouvoir au général de Gaulle à Alger pour représenter la France auprès de tous
nos alliés, construisant l’avenir autour de son programme portant ce si beau titre les
jours heureux..
80 ans qui ont permis, y compris à l’issue de la guerre, même si le Conseil de la
Résistance devenu Conseil National de la Résistance n’en est pas à l’origine, il faut
rendre à l’assemblée provisoire d’Alger ce qui lui appartient, à ce que les citoyennes de
ce pays puissent devenir électrices et éligibles.
80e anniversaire aussi, où à deux pas d’ici s’organisait à l’hôtel Lutetia le retour de ceux
et celles qui avaient survécu à l’extermination, à la déportation. A la barbarie
génocidaire nazie. Hôtel Lutetia, lui aussi. à quelques centaines de mètres du lieu où
s’est déroulée cette manifestation des partisans d’un ordre suprémaciste et génocidaire.
Dès la libération conquise, le gouvernement promulgue les ordonnances qui vont
marquer en profondeur la nature de notre république:
Ce sera la protection judiciaire de la jeunesse qui considère un jeune, même délinquant
voire criminel, non pas comme un être à retrancher de la société, mais un jeune être
humain à aider à se réinsérer.
L’ordonnance sur la sécurité sociale qui fait que les richesses créées par le travail vont
d’abord à ceux qui les produisent pour vivre, assurer la santé et la retraite.
Pour ne pas alourdir le propos n’en rester qu’à l’ordonnance interdisant aux puissances
d’argent d’être en possession des outils d’information.
Toutes ces ordonnances avec les nationalisations créant le socle d’un grand service
public tant mis à mal par des décennies d’un libéralisme qui aujourd’hui affiche son
impasse, éclairée par le nouveau premier responsable des USA, dont le peuple hier, fut
avec le peuple soviétique d’alors, les Britanniques, canadiens et peuples des pays alors
colonisés, les acteurs de la libération de la planète.
80 ans après la fin des combats de la 2GM, la guerre est de nouveau en expansion
jusqu’au cœur de l’Europe. Plus les peuples voient leurs droits sociaux de citoyens, leur
liberté reculer plus la paix aussi recule et plus les budgets d’armement deviennent les
clés de voûte des budgets des Etats au détriment de la culture, de l’éducation de la
santé des loisirs du sport. Ce n’est pas ce dont étaient porteurs les 17 réunis à ce
premier étage le 27 mai 43 autour de Jean Moulin. Leurs idées restent d’une urgente
actualité: s’affranchir des idéologies fascistes et nazie criminelle, faire que la société
tourne autour de la réponse aux exigences de liberté et de bien-être social.
Plus que jamais les idéaux du CNR et de son programme sont d’une incontournable
actualité pour inspirer les engagements d’aujourd’hui.

Compte rendu de la conférence « Mourir à Paris » de Henri Farreny

Bonjour à toutes  et à tous

Jeudi 15 mai, l’ADVR a présenté à la mairie du 20e une conférence donnée par Henri  Farreny président de l’Amicale des anciens guérilleros espagnols en France–FFI (aagf-ffi) sur le thème « Mourir à Paris ».

L’ADVR avait axé en grande partie son travail de cette saison sur les étrangers dans la Résistance en France avec d’abord le film de Jean-Pierre Vedel: « Le travail allemand », puis avec une séance au Sénat sur Manouchian et ses compagnons, en partenariat avec l’UCFAF ( Union culturelle française des Arméniens de France), avec aussi une séance sur la famille Fontanot : « Une famille italienne dans la tourmente de la guerre et de la Résistance » en partenariat avec l’Association France-Frioul, la Maison de l’Italie, la Société d’histoire de Nanterre et l’Association nationale des partisans italiens de Paris, il nous fallait naturellement évoquer les résistants espagnols qui furent très nombreux en France.

Henri Farreny a choisi de nous faire découvrir cinq figures de ces combattants espagnols.

Après avoir présenté le cadre historique général : la guerre d’Espagne, la Retirada, les camps de concentration en France, il a montré l’itinéraire de cinq guérilleros et présenté le travail de son association pour donner vie à leur mémoire et rappeler  leur sacrifice. Il s’agit de Domingo Tejero, José Baron, Conrad Miret, Mannuel Bergès et José Roig. Henri Farreny  a également rappelé  le nom de Celestino Alfonso, membre du groupe Manouchian fusillé avec ses camarades de l’Affiche rouge.

Il faut souligner que sans le travail acharné d’Henri Farreny et de ses compagnons de l’amicale des anciens guérilleros ces héros de la Résistance seraient aujourd’hui quasiment tous totalement oubliés.

Merci donc à Henri Farreny d’être venu de Montauban pour nous faire partager son travail de mémoire.

Compte rendu de la séance consacrée à la famille Fontaine le 15 mars dernier à la maison de l’Italie

Samedi 15 mars 2025 l’association France-Frioul, la Maison de l’Italie, l’Association de Défense des Valeurs de la Résistance, la Société d’Histoire de Nanterre et l’Association Nationale des Partisans italiens de Paris, ont présenté « La famille Fontanot dans la tourmente de la guerre et de la Résistance »
Après une présentation du contexte historique et géographique réalisée par Patrizia Bisson, présidente de l’association France-Frioul, Paola Vallatta, présidente de l’ANPI Paris a évo- qué l’action des résistants italiens, l’historien Antonio Bechel- loni a retracé l’itinéraire de cette famille de militants commu- nistes qu’étaient les Fontanot. Une partie de la famille, réfu- giée en France, a participé activement à la résistance fran- çaise mais aussi italienne en cachant les chez elle les archives du parti communiste italien.
Membre du groupe Manouchian, auteur de nombreux atten- tats, Spartaco Fontanot est fusillé le 21 février 1944 avec ses camarades de l’Affiche rouge. Son nom figure au Panthéon aux côtés de ceux de ses 22 camarades et de celui du colonel Gilles, Epstein, chef militaire des FTP de l’Ile-de-France.
Les deux cousins de Spartaco, Nerone et Jacques, FTP tous les deux, furent fusillés, le premier en septembre 1943, le se- cond en juin 1944.
Un moment riche et intéressant pour faire découvrir le courage des militants de base de la Résistance « étrangers et nos frères pourtant » qu’étaient les membres de la famille Fontanot.

Rencontre de témoignages au Lycée Hélène Boucher

Vendredi 24 janvier, comme chaque année, l’ADVR a organisé une rencontre de la Mémoire de la Seconde guerre mondiale au lycée Hélène Boucher dans le 20e arrondissement de Paris.

Le maire du 20e arrondissement, Eric Pliez, était présent et a assisté à tout l’événement.

Une vingtaine de témoins sont venus à la rencontre de plus de 200 élèves.  Témoins et élèves, étaient rassemblés dans une grande salle, regroupés par petits ateliers de discussion : une dizaine d’élèves autour d’un témoin ont ainsi pu échanger  pendant environ 1h30.

Les témoins étaient composés de deux groupes :des enfants cachés et des enfants de résistants et déportés.

Parmi ces témoins, plusieurs responsables d’associations de la Mémoire.

Georges Duffau–Epstein, président de l’association des Amis du Musée de la Résistance Nationale (MRN), fils du colonel Epstein (Colonel Gilles) qui était chef des FTP de la région parisienne jusqu’à son arrestation avec Manouchian; Claire Rol-Tanguy, secrétaire générale  de l’ACER (association des Amis des Combattants en Espagne Républicaine), fille du colonel Rol;  Raymonde Baron et Claude Sarcey, co-vice-résidents de l’UJRE ( (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide), organisation née dans la Résistance; Rachel Jédinak, présidente de l’association Ecole de la rue de Tlemcen, qui a énormément travaillé pour la Mémoire des enfants juifs  déportés dans tout Paris. 

Nombreux également étaient les témoins auteurs ou autrices d’ouvrages sur l’itinéraire de leurs parents.

Ces rencontres sont des  leçons d’histoire vivante que les élèves n’oublient pas.

Site de la gare de la déportation de Bobigny

Mardi 3 décembre 2024, l’ADVR (Association de Défense des Valeurs de la Résistance) a organisé conjointement avec le SNES (syndicat national des enseignements du second degré) la visite de l’ancienne gare de la déportation de Bobigny, récemment classée monument historique et haut lieu de Mémoire.
Alors que plus de 40 500 personnes avaient été déportées depuis la gare de Drancy-le Bourget vers Auschwitz, de juillet 1943 au 17 août 1944, les nazis ont organisé la déportation de 22 407 hommes, femmes et enfants juifs vers le camp d’extermination à partir de la gare de Bobigny jugée plus discrète.  21 convois (sur  79)  destinés à l’extermination sont partis de la gare de Bobigny plus discrète car uniquement gare de marchandises.  En effet, la gare de Drancy-le Bourget était aussi une gare de voyageurs qui croisaient donc  sur les mêmes quais les colonnes de déportés. Aloïs Brunner, nouvellement nommé pour gérer la déportation des juifs de France, souhaitait que, dès le départ, le processus d’extermination se déroule le plus possible dans « la nuit et le brouillard ». Des stèles présentent, convoi après convoi, le nombre de personnes déportées dans chacun d’eux et le nombre de survivants. Au total, 75 721 personnes, dont près de 11 000 enfants, ont été déportées  de France entre mars 1942 et août 1944, y compris de Compiègne et de Clermont-Ferrand. À la Libération on ne comptera que 2566 survivants, à peine 3 % de l’ensemble des déportés.

La visite, particulièrement émouvante, animée par une conférencière/historienne de qualité, s’est terminée par la lecture de textes extraits du « Grand voyage », de Jorge Semprun, faite par notre amie Nicole Cervera.

photos de Miguel Vallecillo Mata

Le Travail allemand, film de Jean-Pierre Vedel

Vendredi 15 novembre, l’ADVR a présenté le film de Jean-Pierre Vedel « le Travail allemand », qui, à travers quelques portraits d’Allemands qui ont travaillé dans la Résistance ou pour la Résistance française, montre l’importance de ces  actions peu connues, mais aussi l’un des volets de la Résistance. Placé sous la responsabilité d’Arthur London, le « TA » a fait un travail considérable au niveau de l’information. Au-delà, le film évoque aussi les Allemands déserteurs devenus maquisards et même l’existence d’un maquis  entièrement composé d’Allemands. 

Les témoins qui apparaissent dans le film  ont tous une personnalité attachante et soulignent  avec une grande simplicité qu’ils ont pensé nécessaire pour défendre les valeurs fondamentales de l’humanité de lutter contre le nazisme est donc aussi contre leur propre armée. Pour  eux,  résister avec les Français était un double acte de courage.

Sur un total d’environ un millier  d’hommes engagés dans le TA, 137 ont été arrêtés et exécutés.

Compte rendu de la conférence de Stéphanie Trouillard : « Le village du silence »

Stéphanie Trouillard est journaliste de France 24, spécialiste de la seconde guerre mondiale, autrice de livres et BD, participante aux rencontres du lycée Hélène Boucher.

Ce jeudi 10/10/2024, Stéphanie nous a présenté son dernier livre, de manière palpitante et sur un sujet inédit : « Le village du silence – Agnès et Léontine, Bretagne, juillet 1944 » (éditions Skol Vreizh) L’exposé a été suivi par un débat tout aussi passionné et passionnant.
Stéphanie nous rappelle d’abord que cela fait quinze ans qu’elle s’est lancée dans la recherche de ses racines morbihanaises. En 2023, elle avait déjà présenté devant l’ADVR son livre « Mon oncle de l’ombre», traitant du massacre de Kerihuel, près de Plumelec, qui a coûté la vie à son grand oncle, résistant du maquis de Saint-Marcel.
C’est en 2019, lors d’une cérémonie pour les 75 ans du massacre de Kerihuel qu’elle rencontre Louis Merlet qui lui parle de deux femmes de ses amis, la mère (Agnès) et la fille (Léontine),, assassinées par des résistants locaux. Cela lui donne envie d’en savoir plus, et elle se remet à enquêter. L’idée n’est pas de pointer du doigt un village gangréné par ce double assassinat, mais de briser le silence, d’approcher la vérité et de permettre ainsi la réparation.
Aux archives municipales de Plumelec, elle retrouve les actes de décès des deux femmes, grand-mère et mère d’une famille Deschotte, des gens réfugiés venus du nord de la France (Malo- les- bains).

Une recherche généalogique lui permet de retrouver deux descendants, petits enfants de Léontine, à St Saulve, près de Valenciennes. Leur mère Micheline avait déjà cherché à en savoir plus sur les circonstances des assassinats. La famille est d’accord pour enquêter.
Une recherche des archives sur l’épuration (départementales, de la gendarmerie, de la justice militaire, judiciaires) montrent que ces deux femmes ont été éxécutées comme collaboratrices.
En interrogeant les gens, qui étaient enfants à l’époque , Loïc Merlet, vivant à Plumelec, apprend que la famille Deschotte était intégrée, le père Gérard travaillait comme mécanicien, Micheline allait à l’école privée catholique, la famille allait à l’église, aux évènements…Finalement, les langues se délient, et donc l’éxécution serait liée à une « épuration de voisinage », plusieurs causes étant possibles, notamment car ces dames parlaient le flamand et l’allemand. Ce sont deux femmes qui ont été tuées par un groupe d’hommes. Les hommes de leur famille n’ont pas été tués.
Donc, pendant 80 ans, tout un village a fait silence, bien que beaucoup d’habitants n’aient pas été d’accord avec l’éxécution. Un homme a tenu à parler franchement en public à Plumelec en 2024 pour se libérer du fardeau que constituait cet acte pour lui.
Pour les 80 ans de la Libération, Plumelec, village déjà consacré haut lieu de la Résistance, a mis en place des panneaux ; sur l’un la mairie ose enfin parler des exactions de certains résistants en relation avec le décès de ces deux femmes.
Micheline avait en 2012 fait une demande pour que Agnès et Léontine soient reconnues « Mortes pour la France » et inscrites sur le monument aux morts de Plumelec parmi les victimes civiles de 39-45. Demande refusée, réitérée par ses enfants, et à nouveau refusée en 2024. En mai 2024, le maire de Plumelec reconnaît néanmoins le droit au devoir de mémoire de cette famille et autorise la pose d’une plaque commémorative près des deux tombes.
Il reste à savoir comment le village réagira à la lecture de ce livre.

(Geneviève Guyot)